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Malaise dans la démocratie: L’Illiberalisme et la faiblesse de ses adversaires dans l’Europe d’aujourd’hui

Table ronde le 3 octobre de 13h30 à 15h30
 
Democracy and Its Discontents: Illiberalism and the Feebleness of Its Adversaries in Contemporary Europe


RAPPORT :

À l’occasion du jour de l’unification allemande, et profitant de la présence sur place du président de l'Université de Trèves, l’IRTG Diversity proposait un buffet à ses bureaux pour l’ensemble de ses membres et de ses illustres invités. Le lunch informel était suivi d’une table-ronde organisée par la Chaire de recherche du Canada en études allemandes et européennes et le Centre canadien d’études allemandes et européennes (CCEAE), en collaboration avec le Centre d’excellence de l’Union européenne, l’IRTG Diversity et avec le soutien du German Academic Exchange Service (DAAD). 
« Malaise dans la démocratie : L’illibéralisme et la faiblesse de ses adversaires dans l’Europe d’aujourd’hui » proposait un débat sur les origines de la montée du populisme de droite dans l’Europe d’aujourd’hui dans le but d’encourager les réflexions sur la meilleure façon de défendre l’idée de la démocratie libérale, prise comme une forme contingente et fragile de gouvernement.
La table ronde était consacrée aux débats suscités par l’article de Andreas Wirsching (Institut für Zeitgeschichte/Université de Munich ; chercheur invité au CCEAE), publié dans le journal Süddeutsche Zeitung. Wirsching y comparait l’époque contemporaine aux « deux fronts » totalitaristes dans les années 20 et 30 du siècle dernier, alors que des groupes fascistes et communistes se réappropriaient les discours de la démocratie pour s’affronter, tout en attaquant le système démocratique par le fait même. Aujourd’hui, selon Wirshing, l’islamisme radical et le populisme de droite seraient en train de produire un effet similaire. Wirsching présenta donc les débats suscités par son article, notamment la réponse de Patrick Bahners publiée dans le FAZ, en soulignant l’importance de confronter la question d’une certaine régulation des discours publiques. Il nota par le fait même l’importance d’un cadre normatif afin d’assurer certaines protections aux institutions libérales face à la montée des populismes de droite.
Karin Bauer (Languages, Literatures, Cultures, McGill University) entama la discussion à travers une réflexion générale sur la manière dont les sciences humaines et sociales pourraient joindre leurs efforts et le rôle commun qu’elles pourraient jouer dans un tel débat. En proposant de reprendre les réflexions classiques de Benjamin et Kracauer sur l’esthétique fasciste et sa propagande, elle suggéra de les réactualiser à travers des engagements avec la théorie de l’affect tout en prenant au sérieux la question de la nostalgie pour mieux s’engager dans de tels enjeux.
S’appuyant sur un aperçu général des concepts et théories de la cyber communication (Deleuze, Hardt et Negri, Castells), Caroline Bem (Media Studies, chercheure postdoctorale, IRTG Diversity/CCEAE) questionna ce qu’offre les nouvelles plates-formes médiatiques pour les discours politiques et la sphère publique. Reprenant le scepticisme formulé par Jodi Dean sur la réelle portée des nouveaux médias pour la démocratie, elle suggéra de s’attarder sur l’esthétique contemporaine que ces médias mettent sur la table, en notant qu’une esthétique axée sur la création et la circulation semblait poindre sans que celle-ci n’est un ancrage tangible dans les rapports démocratiques réels.
Peter Niesen (Sciences politique, Université d’Hambourg; chercheur invité au CCEAE) souligna pour sa part que la proposition d’Andreas Wirsching n’était en fait pas suffisamment normative et proposa de sortir d’un relativisme incapable de faire face aux défis contemporains. Il insista sur la nécessité d’une régulation forte qui minimiserait la présence des discours anti-démocratique dans la sphère publique.


ANNONCE :

Table ronde avec la présentation de
Andreas Wirsching (Institut für Zeitgeschichte/Université de Munich; chercheur invité au Centre canadien d’études allemandes et européennes)
commentée par Karin Bauer (Languages, Literatures, Cultures, McGill University), Caroline Bem (Media Studies, chercheure postdoctorale, IRTG Diversity/CCEAE) et Peter Niesen (Sciences politique, Université d’Hambourg; chercheur invité au CCEAE).
Animateur : Till van Rahden (Département de littératures et langues du monde/ Centre canadien d’études allemandes et européennes)

Quand : !! Lundi, 3 octobre 2016, 13h30 à 15h30 !!
Où : La Salle Michel Fortmann, Pavillon 3744 Jean Brilliant, Université de Montréal (métro Côte-des-Neiges).


Organisée par la Chaire de recherche du Canada en études allemandes et européennes et le Centre canadien d’études allemandes et européennes en collaboration avec le Centre d’excellence d’Union européenne ainsi que le IRTG “Diversity” et le soutien du Service allemand d’échanges universitaires (DAAD)


Résumé :

En Amérique du nord et ailleurs, on assiste à la montée de mouvements fanatiques et tribalistes. En Europe aussi, beaucoup d’électeurs ont récemment rejoint les partis populistes de droite. Certains pays, comme la Pologne ou la Hongrie, ont élu des gouvernements autoritaires qui remettent en question les notions de tolérance et de la règle de loi, et qui méprisent ouvertement le consensus libéral de l’Union européenne. Ces développements marquent la disparition graduelle de la sensibilité postfasciste qui, chez les Européens de l’après-guerre, avait accompagné la quête élusive d’une démocratie libérale. L’extase démocratique qui avait donné un ton optimiste au moment juste apràs la chute des régimes communistes laisse la place à une politique du désespoir culturel. Beaucoup voient dans ces récents développements l’écho de la fin des années 1920 et des années 1930, lorsque les gouvernements représentatifs et les institutions libérales de nombreux pays européens furent démantelés et remplacés par des dictatures et par un style de gouvernance simultanément utopiste et paranoïaque.

Cette table ronde veut ouvrir le débat sur les origines de la montée du populisme de droite dans l’Europe d’aujourd’hui, mais son but est également d’encourager les réflexions sur la meilleure façon de défendre l’idée de la démocratie libérale, prise comme une forme contingente et fragile de gouvernement. Son titre se réfère à l’essai de Sigmund Freud, « Malaise dans la civilisation », qui fut publié pour la première fois en 1930, à l’apogée de la frustration qu’éprouvaient les Européens de l’entre-deux-guerres face à la démocratie libérale. Freud y file notamment la métaphore du désir d’un « sentiment océanique » d’intégrité, dont la montée l’inquiète et qui évoque de façon transparente le populisme antilibéral de son époque. Alors même que Freud voyait en la civilisation un antidote contre ce genre de sentiments, il rejetait également une conception triomphaliste selon laquelle la civilisation aurait raison de la barbarie. Au lieu de cela, il interprétait la civilisation comme un mal nécessaire dans le combat contre l’agression et la haine. À son instar, nous proposons qu’une réponse réussie et prudente à la montée du populisme ferait bien de tirer parti du constat, qui donne à réfléchir, que la démocratie libérale ne serait pas une promesse de rédemption intramondaine. Au contraire, la démocratie libérale comme « incertitude organisée » représenterait un mal nécessaire : en nous forçant à partager nos vies de citoyens publics avec des gens que nous méprisons, elle provoquerait inévitablement le malaise. Pourtant, pour toute personne qui croit aux droits civils et à l’égalité civique, la démocratie libérale est nécessaire, justement parce qu’elle nous permet de construire des institutions qui rendent possible le fait que nous vivions avec la différence, et même avec l’hostilité.


Summary:

In North America, and elsewhere bigoted, tribalist movements are on the march. In Europe too, many voters have embraced right-wing populist parties recently. Some countries such as Poland or Hungary have elected authoritarian governments that question the idea of tolerance, challenge the rule of law and scorn the liberal consensus within the European Union. A post-fascist sensitivity that accompanied postwar Europeans’ elusive search for liberal democracy is fading. The democratic ecstasy that prevailed in the heady days after the fall of communism, is giving way to a politics of cultural despair. To many, recent developments recall the late 1920s and the 1930s in Europe when many countries dismantled representative government and liberal institutions and, instead, opted for dictatorship and a style of politics at once utopian and paranoid.

This round table aims to foster a debate not just about how to account for the rise of right-wing Populism in contemporary Europe, but encourages ruminations about how best to defend the idea of liberal democracy as a contingent and fragile form of government. Its title alludes to Sigmund Freud’s essay “Civilization and Its Discontent” first published in 1930, at the height of interwar Europeans frustration with liberal democracy. Freud worried about a longing for an “oceanic feeling” of wholeness, a metaphor for the illiberal populism of his time. Whereas Freud saw civilization as an antidote to such feelings, he rejected a triumphalist conception of civilization as a triumph over barbarism. Instead he interpreted civilization as a necessary evil to check aggression and hatred. A successful and prudent response to the rise of populism should perhaps draw on the sobering insight that liberal democracy is not a promise of secular redemption. Instead, liberal democracy as “organized uncertainty” is best understood as a necessary evil. It is evil and inevitably provokes discontent because it forces us to share our public lives as citizens with people we despise. Yet, to anyone who believes in civil rights and civic equality liberal democracy is necessary because it enables us to build the institutions that allow us to live with difference and even enmity.